Nouvelle : Tangentes Berlinoises (épisode 1)

Publié le par Oarystis

Tangentes Berlinoises est une nouvelle écrite il y a cinq ou six ans. Elle est inspirée par un tableau de Kirchner, expressioniste berlinois. Je l'ai remaniée/terminée l'année dernière.
Voir le tableau original : je vous invite à cliquer sur ce lien :
Kirchner "Berliner Straßenszene, 1913"
Kirchner-Berlinszene.jpg

La ville où vivaient les maîtres, foyer urgent d’une peinture nouvelle de l’art. Berlin. Il avait eu l’occasion lors de son premier voyage d’y rencontrer Marc, Ernst et Otto, de se rapprocher d’eux. Il était tombé en pâmoison devant Ernst, l’homme. Devant son œuvre, également. Mais celui-ci n’avait pas fait écho au trouble passionnel qu’il suscitait chez Aloïs Linzer, ce jeune homme de trente ans que l’on voyait de temps en temps dans la capitale.
En province, la réussite professionnelle d’Aloïs était en marche. Il parcourait avec méticulosité les échelons d’un métier administratif. Il s’y devait d’atténuer, de gommer, de cacher même tout à fait certains aspects de sa personnalité qui pouvaient nuire à sa carrière. Son penchant pour ces hommes et pour les artistes qu’ils étaient, qui aimaient ce coté chétif que l’on protège volontiers de dangers réels ou imaginaires, eût été mal vu. Euphémisme. Ses fréquentations, connues, eussent détruit sa carrière. Ses collègues l’auraient lynché s’ils avaient appris la face cachée de Linzer. Aussi avait-il décidé de s’accorder ces quelques escapades berlinoises secrètes, pendant lesquelles il pouvait se permettre de devenir un autre. Ou lui-même. Grâce devait être rendue à la courte moustache postiche dont il s’affublait dans le train pour se donner l’illusion de changer d’identité.
Ah, ces rares moments où il arrivait à s’échapper de sa prude province vers cet irrésistible phare artistique ! Berlin bruissait de vie, d’artistes. De cabarets, d’hommes. Le pôle d’attraction d’une humanité se relevant du premier conflit planétaire.
La permissive licence masculine de la ville était pour lui comme un aimant puissant. Il y était entraîné, bien qu’en même temps une part de lui désirait la rejeter. Ce paradoxe s’imposait à lui, la chair étant d’autant plus impérieuse qu’elle ne pouvait être que rare, interdite et cachée.

 

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Publié dans Artcriture

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