A night in Truxton, Arizona, on the 66
La nuit tombe aussi vite que les distances sont grandes dans ce pays. On vient de voir que le soleil se couchait déjà quand je passais la Pacific et la 66. A ce moment là, je me suis dit, il va falloir trouver un RV Park, j'ai fini par trouver un pueblo avec un motel d'un coté, et un bar de l'autre. Rien qui disait RV Park ou RV Hookup... Je suis allé demander des infos au motel, qui m'a envoyé au bar, ou ils avaient une place de RV. J'y suis allé, et Levi (prononcer Livaille) m'a accueilli.
Pas à sa première bière, Levi m'a indiqué comment passer entre les cadavres de voitures, les caravanes sédentaires ou vivent des gens, pour aller me garer et brancher mon eau, mon électricité et mon tuyau d'évacuation (la prolongation du sphincter, merci pour ces précisions graphiques).
Levi, beaucoup plus frais le matin, m'indique ou aller.
Son bar : 
Le reste de la "ville" de Truxton :

Une fois mon camion garé, à l'invitation de Levi, je suis venu au bar boire une bière, bar dont je suis ressorti six ou sept heures plus tard après avoir bu une bière. Après l'autre, quoi.
Nous étions samedi soir, et Truxton est le premier village en dehors de la reservation. Or l'alcool est prohibé et donc pas en vente dans la reservation, donc le bar de Levi est très populaire le samedi soir. J'y suis rentré vers sept heures et demie, et ça s'est rempli jusqu'à 2 heures du matin, heure à laquelle la fatigue de la route a pris le dessus pour moi. Autour du bar et des deux tables de billard, des enceintes déversaient le rock préféré du patron, du bien speed comme on s'imagine pour un endroit pareil. Nous étions une quarantaine, dont sept ou huit non-indiens.
Attendez-vous à vous faire battre à plate couture si vous allez jouer au billard de Truxton contre l'une ou l'autre des femmes hulapaï, elles sont très fortes à ce jeu. Les quelques vets (vétérans des guerres US) du 'nam, de l'Irak 90 (dont Levi qui y a passé trois ans, comme ses deux potes en chaise roulante qui étaient là et n'en sont donc pas revenus intacts) se débrouillent bien aussi, mieux que moi qui joue correctement. Bon j'ai gagné deux fois, deux adversaires ayant complaisamment mis la boule noire dans un trou un peu trop tôt.
J'ai du argumenter contre un américain asiatique de 55 ans qui en avait beaucoup après Voltaire, à qui il reprochait virulement de ne pas croire en Dieu. A quoi j'ai rétorqué, vu que je lisais du Voltaire dans le Lagarde et Michard juste avant de partir, que si si, Voltaire croyait tout à fait en Dieu, mais qu'en effet il considérait que douter n'était pas condamnable. Voltaire s'en prenait au clergé dont les moeurs n'étaient plus très chrétiennes, ça veut pas dire qu'il ne croyait pas. Je ne suis pas rentré dans tous ces détails avec mon interlocuteur.
Levi a convenu que l'Irak V1 comme l'Irak V2 n'avaient servi à rien, sinon à voir des potes tomber et le monde faire la gueule aux USA.
Plein d'autres conversations dont je ne me souviens plus, mais quand elles me reviendront, je complèterai cette rubrique.
En tout cas j'ai été adopté, et ai vraiment vécu une soirée américaine typique. On a bien rigolé, et Levi m'a dit le matin : Bye my friend Pierre, I hope life makes us meet again. Et la phrase architypique américaine : You have a good day now. Je devrais avoir l'occasion de revenir pour le boulot à Vegas, et je n'y manquerai pas, old timer !